Terrorisme : la France touchée en plein coeur

14/11/2015

Au moins 128 personnes sont mortes hier dans la vague d’attentats coordonnés ayant touché la capitale française. En s’en prenant directement à des civils français, Daesh prouve plus que jamais que sa marche vers la terreur ne connaît pas de limite.

Des scènes de guerre en plein Paris. Même après les attentats de janvier, les attaques terroristes de la nuit dernière ont longtemps paru inimaginables. Tout comme le pays tout entier, la rédaction de La Pause Actu est passablement  affectée par ces attaques, les plus meurtrières jamais perpétrées sur le sol français.
A Saint-Denis et dans 6 autres lieux stratégiques de la ville de Paris, les attaques à la kalachnikov ne visaient personne en particulier, ce qui les rend encore plus inhumaines. Après deux explosions kamikazes aux alentours du Stade de France peu après 21h, les terroristes, apparemment au nombre de quatre et pour la plupart munis de ceinture d’explosifs, ont d’abord tiré sur des Parisiens attablés aux terrasses des bars du Petit-Cambodge et du Carillon, dans le 10ème et le 11ème arrondissement de Paris, aux environs de 21h30. Leur marche macabre a ensuite continué vers la rue de Charonne, où ils ont ouvert le feu sur les passants qui avaient la malchance de se trouver là. Enfin, les tireurs se sont dirigés vers la salle de concert du Bataclan, sur le boulevard Voltaire, où le groupe américain Eagles of Death Metal se produisant devant une salle comble de 1500 personnes. Les quatre terroristes se sont introduits dans l’enceinte, piégeant ainsi le public assistant au concert, avant d’ouvrir le feu au hasard sur la foule sans défense, achevant à bout portant nombre de spectateurs blessés et au sol. Les personnes encore vivantes ont ensuite été prises en otage par les terroristes, jusqu’à ce que le RAID intervienne à 00h45, abattant les tireurs près de 3 heures après que ceux-ci aient pénétré dans le Bataclan. Au total, 128 personnes ont été tuées, dont 85 au seul Bataclan, et plusieurs centaines d’autres blessées par les tirs et les explosions terroristes, bilan encore provisoire…


Un message politique

Le président de la République François Hollande était présent au Stade de France lorsque le premières explosions ont retenti. Evacué d’urgence, il a convoqué une réunion interministérielle avec le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve. Lors de cette rencontre extraordinaire, les trois hommes se sont accordés sur la mise en place de l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire français, décision annoncée par le chef de l’Etat lors d’un discours prononcé en fin de soirée. Au cours de celui-ci, François Hollande est apparu ému par les évènements, mais il a tenu à rappeler que la France n’allait pas laisser les terroristes remporter la victoire, dénonçant un « acte de barbarie absolue ».
Déterminé face aux attentats, le président de la République a malgré tout été tenu responsable des attaques par de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux. Peut-on réellement imputer au chef de l’Etat et à son gouvernement la responsabilité des évènements ? Une attaque d’aussi grande ampleur était envisagée depuis longtemps dans les coulisses de l’Etat, et les services de renseignement français avaient jusque-là déjoué de nombreuses tentatives terroristes isolées.
Les attaques du vendredi 13 novembre ont été organisées par Daesh pour se venger des frappes françaises sur ses camps d’entraînement djihadistes, commandées par François Hollande, dont le quinquennat aura définitivement été marqué par la lutte contre le terrorisme.


Quelles conséquences ?

Ces attentats atroces surviennent à une période cruciale pour la France, qui s’apprête à accueillir la COP21 à la fin de mois et l’Euro 2016 l’été prochain. La question de la sécurité entourant ces évènements est aujourd’hui questionnée, car Daesh semble prêt à tout pour marquer les esprits, particulièrement dans un monde occidental considéré comme l’ennemi numéro 1. L’état d’urgence décrété par le gouvernement a provoqué la fermeture immédiate des frontières françaises, alors qu’un renforcement des contrôles était déjà prévu par le ministère de l’Intérieur en marge de la COP21. Le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius a par ailleurs confirmé que la conférence environnementale se tiendrait bien à Paris, avec une sécurité renforcée.
SI l’enjeu sécuritaire est palpable, il fait avant tout le jeu des opposants à la politique de François Hollande, à commencer par la présidente du Front National Marine Le Pen, qui a déclaré samedi après-midi que « la France et les Français ne sont plus en sécurité », appelant également à ce que la France sorte de l’espace Schengen pour qu’elle retrouve « la maîtrise de ses frontières nationales ». Un discours qui ne diffère finalement pas des idées prônées par l’ensemble de son parti avant même que les attentats n’aient lieu, un drame qui pourrait inciter les gens à voter pour le Front National.

Le climat en France aujourd’hui est un climat de peur, d’inquiétude, sensations normales après les plus graves attentats de l’histoire du pays. Mais ce ne sont pas 8 islamistes kamikazes qui vont réussir à casser la solidarité et l’union du pays en ce triste jour, et encore moins à ébranler la démocratie.

 

 
Théophile Pedrola, rédacteur à La Pause Actu, était présent au Stade de France vendredi soir. Il nous raconte sa vision des attentats :

Vingt minutes de jeu, la France et l’Allemagne se neutralisent au Stade de France. Le public donne de la voix quand, soudain, une forte déflagration venue du haut de la tribune Est secoue le stade. Le public se tourne, rien ne bouge. « C’est des pétards… », lancent alors, d’un ton blasé, quelques spectateurs. Le match continue évidemment, sans que personne n’y voie de soucis, et le bruit est déjà oublié. Dix minutes plus tard, même bruit, mais bien plus fort et plus sourd. La tribune a tremblé, les supporters ont sursauté. Les joueurs ne bronchent pas. Cette fois, tout en haut de la tribune Est, des gens se lèvent, rentrent dans les travées du stade. Je ne saurais l’affirmer, mais il m’a semblé avoir vu des policiers en haut. Les gens commencent à se poser de sérieuses questions mais, à la première action française, c’est oublié. Le match reprend comme si de rien n’était. Après la mi-temps, François Hollande est parti. Nous n’en savons rien. Des supporters à côté de nous reçoivent nombre d’appels, il s’est passé quelque chose de grave. « Un attentat, il y a eu des grenades à Saint-Denis » crie-t-on de notre tribune Nord. Il y aurait huit morts. Tout le monde sait mais personne ne sait. Un nombre de questions incalculables défilent dans nos têtes. Certains partent alors que l’on prétend que le stade est fermé. Sitôt le coup de sifflet final, après avoir célébré avec schizophrénie le deuxième but tricolore, le speaker annonce « un incident extérieur au stade ». Nous sommes alors obligés de sortir par seulement trois portes dans tout le stade. Un embouteillage se crée et ce qui devait arriver arriva, un mouvement de foule emporte tout le monde en sens inverse. Nous sommes projetés contre le grillage avec violence, les gens crient. Il y a des enfants, des personnes âgées, des Allemands qui ne comprennent pas grand-chose, avec nous. Les stadiers nous laissent sortir dans les rues « interdites ». On court pour fuir un ennemi qui n’existe probablement pas, je ne sais même pas ce qu’il y avait au bout de ce couloir, mais nous avons fui, avec tout le monde. Nous ne sommes pas rentrés dans l’enceinte du stade, nous avons donc pu sortir du stade sains et saufs, bien que secoués, pour prendre un métro rempli de gens au téléphone, inquiets, pleurant.

 

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