Journal satirique d'un étudiant anonyme : 26 décembre

26/12/2015


Cher journal,

Je t'écris en coup de vent, je suis bien trop occupé à revendre sur Le Bon Coin mes cadeaux de Noël pourris, ce que je devrais faire avec toi quand j'y pense. Et comme je n'ai pas trop le temps, je vais me contenter de te raconter ma vie. Après tout, même si elle est totalement dénuée d'intérêt, c'est à ça que sert un journal. Et puis je suis anonyme, merde, c'est fait exprès pour que personne ne fasse le lien entre ce que je raconte et ma véritable identité. D'ailleurs c'est un peu dommage, c'est triste de priver le monde de connaître le nom d'un auteur de ma trempe ! Mais bon, j'ai fait un choix, tant pis pour moi.
   Lundi, j'attendais patiemment que le Père Noël vienne me voir en faisant ce que je fais le mieux, c'est-à-dire absolument rien. J'ai l'impression de répéter certains éléments que je t'ai déjà racontés, cher journal, mais je m'en fous. Après tout, qu'est-ce que tu vas faire ? Porter plainte, partir en pleurant, appeler Bernard Cazeneuve ? Non, aucune chance. En plus, avec ta double nationalité franco-taïwanaise, si j'étais toi, je me tiendrais à carreau. Et là je me rends compte que je devrais arrêter de me mettre en colère contre toi, pauvre morceau de plastique et de papier. Je devrais plutôt me révolter contre ce gouvernement autoritaire, qui prône les privations de libertés comme valeurs républicaines, faire ce que tout jeune étudiant de Seine-Saint-Denis qui se respecte devrait faire. Du coup, je suis parti dans les rues de Saint-Denis, dans le but fortement assumé de manifester, avec ma banderole « Franchement, c'est pas très très gentil », un slogan à la fois compréhensible par tous et percutant. J'étais plein d'entrain, et je conviais toute personne que je croisais à se joindre à moi. Pourtant, personne ne me suivait, et j'étais aussi seul que Nathalie Kosciusko-Morizet dans une réunion du fan club de Paul Bismuth orchestrée par Nadine Morano. Les gens me regardaient passer dans la rue, sans rien dire, me fixant l'air de dire « Espèce de petit bobo blanc va. Tu sais ce que c'est notre vie à nous ?



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