Le journal satirique d'un étudiant anonyme du 21 février : la métamorphose

21/02/2016

 

Cher journal,

 

Je fais de plus en plus le constat que ce monde est pourri. Je sais bien, il fut un temps où j'étais d'un optimisme flamboyant, à en faire pâlir un Julien Lepers sous Prozac, poussant une gueulante de délivrance à chaque fois qu'un candidat était capable de lui conjuguer le verbe licencier à l'imparfait du subjonctif. Pourtant aujourd'hui, je suis bien obligé de constater que ma joie est en berne, comme en plein deuil national. Car oui, on peut le voir, tout se casse la gueule, que ce soit l'emploi des vieux, la puissance française ou la courbe de popularité de notre impérial dictateur liberticide. Du coup, j'ai pris une grande décision. Plutôt que de déprimer à fond quand je n'ai pas cours, et plutôt que de me faire chier comme un rat mort quand j'ai cours, j'ai choisi de me transformer en chat.
 

   Et là normalement, cher journal, tu dois te dire que j'ai définitivement perdu le sens commun, que je serai bientôt interné avec Copé et Fabius dans un cachot de la Conciergerie, et qu'un régiment de cafards prononcera sous peu mon éloge funèbre. Pourtant, je te le soutiens, cette décision est parfaitement réfléchie. En effet, un chat a la capacité admirable de parvenir à dormir 20 heures par jour, ce qui correspond à la durée moyenne d'un discours de François Fillon. Mais un tel félidé est également capable de s'endormir en moins de deux minutes, ce qui le rapproche fortement du public de ce même Fillon. Un chat a une vie parfaite, déclinée en siestes successives, alternées de gros dodos, et dont les quelques accalmies permettent à l'animal de procéder à ses obligations biologiques indispensables à la vie. Pour moi, devenir un chat ne serait qu'un pas vers un devenir plus radieux, où mes voisins, plutôt que de m'engueuler parce que j'écoute du rock trop fort, viendraient me caresser et me nourrir. J'en profiterais alors pour les griffer, et je me roulerais en boule devant leur regard attendri, mais dans lequel brûle la flamme du désir de meurtre. Un détail pourtant entache cet idyllique tableau. Nous sommes en hiver, et je ne te cacherai pas plus longtemps ma frilosité compulsive. Ainsi, je me tiens aussi éloigné du moindre courant d'air que Manuel Valls d'un sans-papier pakistanais. Je vais donc tenter une métamorphose en hybride chat-marmotte, pour pouvoir dormir toute l'année 20 heures par jour, mais également pratiquer une hibernation nécessaire à ma survie.


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