Intervention de La Pause Actu à la conférence sur la transformation digitale des nouveaux médias

10/06/2016

A l'occasion de la conférence sur la transformation digitale des nouveaux médias organisée par l'IICP au Campus Cluster Paris Innovation, Léo Sanmarty et Paul Idczak sont intervenus pour évoquer La Pause Actu et sa place dans le digital aujourd'hui.

La vidéo :

 

Le texte :


Bonjour à tous, nous sommes heureux d’être devant vous, c’est une première pour nous. Alors nous allons nous présenter, Je m’appelle Léo Sanmarty et je suis avec Paul Idczak, nous sommes les deux fondateurs d’un média étudiant « La Pause Actu » qui est également une association de jeunes rédacteurs. Pourquoi est-ce qu’on a créé « La Pause Actu », au départ c’était un projet pour le CV, et on a rapidement pris conscience qu’il pouvait nous apporter plus que ça. Avec « La Pause Actu » il y avait une volonté d’aller plus « loin » que ce qui était prévu, se donner plus de mal, créer des rubriques des rendez-vous et même des interviews. A l’origine du projet, en Octobre 2015 nous étions deux, aujourd’hui nous sommes 13, ce qui constituait déjà pour nous une réussite. Dès les premiers mois on a voulu s’appuyer sur l’Université pour évoluer. Une semaine après avoir lancé « La Pause Actu » nous avons intégré notre média au nouveau journal de la fac de Paris 8 tout en restant indépendant, l’objectif était de recruter le maximum de rédacteurs pour le site. Nous nous efforçons de trouver des nouvelles rubriques, notamment pour la culture, plus précisément les expositions ou même les bons plans, pour développer encore plus notre site mais aussi pour marquer davantage notre indépendance.


Nous avons pris le pari d’Internet car c’est assurément le support médiatique qui a pris le dessus ces derniers temps, et parce qu’il nous permet de faire beaucoup en partant quasiment de rien. La Pause Actu est un média étudiant, ce qui équivaut donc directement à une initiative personnelle. Elle n’a pas obligatoirement besoin d’un quelconque soutien extérieur. Utiliser le web pour nous développer, c’est l’assurance de pouvoir multiplier notre public dans un laps de temps plus court que sur d’autres supports, qui ne seraient pas accessibles partout. Quand on voit que des pureplayers comme Médiapart ont aujourd’hui plus d’abonnés que de grands journaux comme Libération, cela fait réfléchir à la prépondérance du digital à notre époque. Une chose impensable il y a 20, voire même 10 ans de ça ! Internet en tant que nouveau territoire dominant, a pris la place qu’occupait la presse le siècle dernier, même si le début de son déclin date de plus longtemps. Tous les quotidiens et les hebdomadaires ont une version digitale de leurs éditions, et de plus en plus de monde lit ces journaux directement sur les appareils électroniques.

Mis à part les titres déjà existants, Internet donne l’opportunité à chacun, comme ç’a été le cas pour nous avec La Pause Actu, de créer son propre média. Et justement, c’est ici que le web devient un territoire d’expression intéressant. Il offre une indépendance, pour revenir à un des thèmes sur lesquels nous débattons, dont tout le monde peut profiter. On a évoqué plusieurs fois dans les premiers mois de notre existence la possibilité de recevoir un soutien financier de la fac de Paris 8, et pourquoi pas de relayer certaines informations de celle-ci. Mais en faisant ça, on aurait perdu notre indépendance éditoriale, d’une certaine manière. En se plaçant sous l’égide d’un individu ou d’une institution, même s’ils se placent en retrait, une certaine autocensure peut exister dans la tête des rédacteurs de tout média concerné. Est-ce que, en tant que média de Paris 8, nous aurions pu donner les bons côtés de la loi travail comme nous l’avons fait dans quelques articles ? Nous aurions assurément eu une vision différente de notre ligne éditoriale, qui aurait probablement été plus édulcorée. L’indépendance qu’Internet offre, qui est une réalité pour toutes les initiatives personnelles, rejoint l’idée que tout le monde peut être journaliste à sa façon avec un peu de détermination et d’envie. Elle symbolise l’expression « tous journalistes » qui est souvent évoquée sous forme de question. Quand on n’a personne au-dessus de soi qui nous donne une ligne de conduite, on peut s’exprimer librement, écrire sur les sujets que l’on souhaite et tenter des choses de son propre chef. Et Internet est devenu la plateforme nécessaire à cette vision de l’information analysée à la fois par des professionnels du journalisme, et par des amateurs qui tentent leur chance pas forcément avec une vision à long terme mais parfois dans le simple but de s’exprimer publiquement mais virtuellement. Prendre l’information et la manier personnellement, l’analyser comme on le souhaite, écrire notre avis sur elle et ensuite publier ces écrits sur un site, c’est aujourd’hui à la portée de tout le monde. Et en partant du principe que chacun possède sa propre opinion et sa propre indépendance, alors le web garantit, plus largement, une indépendance médiatique. Elle donne, en plus, l’opportunité de pouvoir être lu, et c’est le plus important, pour nous en tout cas. Particulièrement lorsqu’on diffuse des idées prenant parti, où l’existence d’un soutien informel prouve que l’on ne fait pas ça pour rien.


Les médias peuvent-ils faire la Révolution ? Personnellement, à La Pause Actu, notre but premier n’est pas forcément de se positionner pour ou contre les actions du gouvernement ou de la police avec les évènements actuels, mais de rentrer dans la logique de notre slogan qui est visible sous notre titre « l’information sur tous les tons ». Pour ça, on essaie de réaliser des vidéos, souvent des micros-trottoirs et des articles qui mettent en avant plusieurs opinions sans en faire émerger une en particulier de façon volontaire. Dans la mesure du possible, et selon les avis de nos rédacteurs sur les différents sujets d’actualité, comme récemment la loi travail et ses côtés positifs et négatifs / Nous sommes dans la quasi-totalité étudiants à Paris 8, une université qui a toujours été, dans ses près de 50 ans d’histoire, engagée dans les grands conflits contre différents problèmes émergeant de la société française ou du gouvernement. Etudier à Paris 8 nous a donc permis d’être au cœur de cette petite révolution, qui n’a pour l’instant pas abouti, émanant en partie de certaines universités françaises comme celle de Saint-Denis. A partir de là, nous avons pu rencontrer d’autres jeunes déterminés à faire changer les choses, et les suivre durant les premières manifestations du mois de mars à Paris pour diffuser leurs arguments sur notre site et les faire connaître à nos lecteurs. L’objectif ici est de permettre à notre public, en majorité jeune, de comprendre plus en avant des sujets qui font la polémique avec un œil issu directement de leur catégorie d’âge. Bien sûr, on ne veut pas prétendre posséder la vérité sur quelconque sujet, mais nous essayons au maximum de diffuser nos points de vue en espérant qu’ils soient connus par certains. Si, en tant que média étudiant, nous ne cherchons pas à faire la révolution à proprement parler, c’est évident que les médias dans leur ensemble sont une vraie force contestatrice, un contre-pouvoir essentiel à l’existence d’une démocratie. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le quatrième pouvoir. Auparavant avec les journaux, puis ensuite avec la télévision, et maintenant avec l’importance incroyable qu’a pris Internet depuis 20 ans, les médias ont pris le tournant du digital pour rejoindre ce qui ressemble à une universalité, et tenter de l’atteindre. Oui, pour arriver à faire valoir ses idées contraires à l’ordre étatique établi, il faut avoir une audience à la hauteur des risques pris. Dès le printemps arabe en 2011, on a pu se rendre compte de cette importance médiatique issue du digital et en particulier des réseaux sociaux, où un site comme Facebook a joué un rôle primordial pour permettre le renversement des régimes en place dans les pays concernés par ces révolutions. Dans les Etats où la politique est plus autoritaire, certains blogueurs sont même censurés voire emprisonnés parce qu’ils diffusent des idées contraires à celle du pouvoir en place. Ils sont alors pour certains obligés de s’exiler ou tout simplement d’arrêter de publier s’ils ne veulent pas être condamnés ou bien être mis en danger.

La diffusion d’idées divergentes est le principal risque pour les dirigeants politiques de voir leur position menacée. Les médias sur Internet ont le pouvoir du nombre, et quand un article contestataire est publié sur le web, puis vu par plusieurs millions de personnes, le simple fait qu’une idée « militante » voit le jour est un danger aux yeux de certains. Cela rentre dans l’optique de la liberté d’expression et de son respect : pour faire la révolution en utilisant des outils virtuels, il faut déjà en avoir la capacité. En France, jusqu’à preuve du contraire, ce respect existe, et, en tant que représentants de médias sur le net, nous en profitons pour écrire, filmer et photographier tout ce que l’on souhaite montrer sur nos sites. Tout ça sans se soucier d’éventuelles vues émanant de l’Etat ou d’autres autorités pouvant contrôler certains aspects de ce que l’on dit ou ce que l’on écrit. C’est un avantage certain qu’il ne faut pas oublier d’envisager lorsqu’on traite de la question à laquelle nous tentons de répondre.
Mais cet aspect n’est pas obligatoirement une nécessité. Le digital a ici une influence directe puisqu’il est bien plus facile de publier quelque chose sur Internet et de le partager massivement, plutôt que, comme c’était le cas auparavant, avoir besoin d’une imprimerie, d’encre et de papier pour distribuer en quelque sorte, votre opinion au grand nombre. Contrôler Internet et stopper des partages massifs, c’est difficile. On entend souvent dire qu’une fois que quelque chose est publié sur le web, c’est impossible à effacer. Puisqu’on ne travaille pas à Google ou dans les grands centres des moteurs de recherche et des réseaux sociaux, c’est difficile de confirmer l’idée, mais elle montre que le monde actuel, et la façon dont on traite l’information, voire plus que ça, est totalement différente de celle qui existait il y a plusieurs décennies. Justement parce qu’il est beaucoup plus facile de toucher des milliers ou des millions de personnes à partir d’une simple initiative personnelle qui ne demande pas beaucoup de moyens mais simplement de la débrouillardise et une envie de partage. C’est en partie comme ça que Nuit Debout a pu se développer et rameuter un maximum de monde : l’information instantanée et en continu, c’est devenu le bouche-à-oreille d’aujourd’hui, sans vouloir faire offense à ce phénomène intemporel, évidemment. Est-ce qu’on peut adhérer aux idées d’une Révolution par le bouche-à-oreille ? Oui, mais cela prend du temps. Avec Internet et les médias qui s’y trouvent, cette durée préalable est considérablement réduite. C’est comme ça que le digital a transformé, en partie, notre vision générale de l’information qui dénonce et qui vise à rassembler les gens derrière une cause, qu’elle soit militante ou pas.

Merci.

 

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