Les « soft-skills », regroupant les qualités humaines d’un individu, sont une expression qui se forge peu à peu une place dans le jargon du monde professionnel en France. A première vue pas si novateur, le concept tend pourtant à se démocratiser. Explications.

« Les qualités humaines recherchées en 2017 », « Quelles compétences humaines mettre dans votre CV ? », « Les soft-skills, les compétences qui font la différence »... En se promenant sur les sites d’offres d’emploi, il est aujourd’hui de plus en plus fréquent de tomber sur ce genre de phrases au détour d’une annonce sur laquelle on a tilté. Rien d’innocent à cela, car les « soft-skills » sont en train de faire leur trou dans le vaste monde professionnel hexagonal. Mais, malgré cette arrivée remarquée, le concept est loin d’être aisé à déchiffrer à la simple lecture de sa dénomination.

Dans leur définition la plus générale, les « soft-skills » sont les qualités humaines qu’un individu possède, et qui lui permettent de bien communiquer avec ses proches et ses collègues, et de faire preuve, entre autres, de créativité et d’empathie. Ces compétences se placent en opposition aux « hard-skills », qui regroupent de leur côté l’ensemble des compétences techniques, fruits d’un apprentissage spécifique au fil des années et propres à chaque domaine d’activité. Face à ce qui se mesure, les qualités humaines, elles, sont plus volatiles, et par extension quasiment impossibles à mesurer par des statistiques ou à sanctionner par un diplôme.


Implantation nouvelle

Si les « soft-skills » sont encore loin d’être rentrées dans le langage courant au même titre que d’autres vocables tirés de l’anglais, c’est parce qu’elles n’ont fait leur apparition que très récemment sur le sol français. Fabrice Mauléon, professeur à France Business School et spécialiste en consulting, a co-écrit Le réflèxe Soft-Skills, un des livres ayant fait office de tremplin pour la visibilité et la prise en compte des compétences humaines en France. Selon lui, les « soft-skills » émergent pour une raison principale, le « développement de l’intelligence artificielle ». Cette dernière, vouée à remplacer une partie des travaux humains par ses calculs ultra-rapides et son moindre coût sur le long terme, ne pourra probablement jamais rivaliser avec l’homme sur le plan du relationnel et du créatif. Ces compétences « purement humaines » sont donc celles que l’on va, selon Fabrice Mauléon, « décider de garder par rapport aux ordinateurs » dans les décennies à venir. L’expert ne cache cependant pas que les compétences humaines ont toujours existé, la véritable nouveauté de ces dernières années reposant sur « leur formalisation concrète » et sur « l’ambition assumée d’en faire des méthodes, des process et de pousser ces éléments comme des sujets clés ».

L’humain, indispensable ?

Ces fameux éléments s’inscrivent dans une même veine, celle de la transformation digitale. Cette évolution oblige de nombreuses entreprises à réinventer leur modèle, et le recrutement n’y fait pas exception. Conséquence : les compétences humaines apparaissent désormais comme indispensables lorsque l’on postule pour un emploi. Pour Manuela Rodrigues, responsable d’équipe de l’agence Pôle Emploi du 8ème arrondissement de Paris, « la focalisation de l’employeur s’effectuait auparavant par rapport à un métier et ses compétences précises, aujourd’hui la polyvalence est de mise, et elle inclut au même niveau les compétences techniques et les relations humaines ». Bien évidemment, les réalités sont différentes selon les secteurs d’embauche, mais les « soft-skills » semblent bien ancrées dans les esprits, d’autant plus qu’elles représentent aussi un atout en dehors du lieu de travail.

Le filon fait également office de source d’inspiration pour nombre de sites qui se présentent en alternative à Pôle Emploi. C’est notamment le cas de MyCommunIT, autoproclamé premier site de recrutement « par affinités », et qui « intègre le facteur humain dans le recrutement informatique ». Sa particularité : proposer une forme innovante de mise en relation entre le candidat et l’employeur. Ici, pas de recherche directe mais le passage par un QCM de personnalité dans lequel le demandeur d’emploi « sélectionne à la suite plusieurs adjectifs qui lui correspondent le mieux », comme nous l’explique Claire Maurice-Péroumal, business developper du site. Ce processus débouche ensuite sur « un “match“, à la manière de Meetic, entre une entreprise et un demandeur d’emploi, selon la personnalité de ce dernier, mais également ses futures envies d’évolution ». Un candidat ne devrait donc pas, en théorie, tomber sur une entreprise qui ne lui convient en aucun point au niveau personnel et humain en se connectant sur MyCommunIT, au-delà même des diplômes qu’il aurait pu obtenir par le passé.


Formations et rattrapage

Autre signe que les soft-skills sont dans l’air du temps, il est maintenant possible de les développer au cœur de cursus partiellement consacrés à leur « apprentissage ». Autour de Paris, on retrouve par exemple des formations spécifiques à HEC ainsi qu’au Pôle Léonard de Vinci. Au sein de ce dernier, c’est même un département entier, intitulé « Soft-skills et transversalité » qui a été mis sur pied au cours de l’année 2016. Sur le site de l’établissement, la directrice du département Laure Bertrand précise que l’objectif de celui-ci est « d’entraîner les étudiants à décloisonner leurs approches, à stimuler leur créativité et à les mettre en situation d’avoir à coopérer de façon rapide et performante avec des personnes différentes ». Le tournant novateur pris par ces grandes écoles ravit Fabrice Mauléon, qui prend toutefois ces cours avec des pincettes : « les formations aux soft-skills ont du sens si elles ne sont pas simplement un effet de mode. Elles se doivent d’être pensées vis-à-vis de la quatrième révolution industrielle liée à l’intelligence artificielle ».

L’essor des « soft » pourrait malgré tout se heurter à un obstacle majeur : la culture entrepreneuriale française. Encore très hiérarchique et parfois réticente au changement, elle représente tout le contraire de son homologue anglo-saxonne, beaucoup plus malléable. Réinventer une culture d’entreprise pour mettre en avant les compétences humaines et le coworking n’est effectivement pas au goût de tous. « Tout le monde le teste, mais beaucoup d’entreprises ne réalisent pas l’ampleur de la révolution qui se déroule actuellement », pointe Fabrice Mauléon. La raison ? « Elles pensent souvent que ça ne les concerne pas », poursuit-il. Il faut dire qu’entre l’adaptation au modèle des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), où les « soft-skills » sont poussées à l’extrême, et la disparition pure et simple, la solution la plus humaine n’est peut-être pas là où on le pense.

PAR PAUL IDCZAK
PHOTO ETPEDIA

Contrairement aux compétences techniques, les qualités humaines, sont plus volatiles, et par extension quasiment impossibles à mesurer par des statistiques ou à sanctionner par un diplôme.

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