Srebrenica, 21 ans après : des mentalités qui stagnent

La ville témoin en juillet 1995 du massacre aussi qualifié de génocide, orchestré par les serbes de Bosnie contre les musulmans bosniaques, ne parvient pas à se libérer des tensions ethniques. Les élections municipales qui auront lieu en octobre prochain devraient malheureusement voir les candidats jouer sur ces clivages pour appuyer leurs campagnes.

 

La Bosnie-Herzégovine, connue entre autres pour le conflit qui a eu lieu au cours de la Guerre de Yougoslavie pendant les années 90, est aujourd’hui composée de deux entités dites non-indépendantes. Suite aux accords de Dayton en décembre 1995 qui mettent fin à la guerre entre bosniaques et serbes de Bosnie, le pays est scindé en deux, Republika Srpska (République des serbes de Bosnie) au Nord et à l’Est, et la Fédération de Bosnie-Herzégovine au centre et à l’Ouest du pays. Ces deux régions résultent directement des deux camps en opposition dans cette guerre qui a fait environ 200 000 morts entre 1992 et 1995. Parmi ces morts, 33 000 ont été causés par les serbes de Bosnie dans l’actuelle Republika Srpska, exclusivement contre les populations musulmanes de Bosnie, ce que l’ONU a qualifié de nettoyage ethnique et de génocide bosniaque. Symbole de cette triste page de l’Histoire, la ville de Srebrenica à l’Est du pays et majoritairement musulmane, où ont été tués 8000 hommes et adolescents en juillet 1995.

 

 

Une Histoire écrite par les gagnants

 

Malgré les accords de Dayton, les rivalités entre les communautés sont toujours présentes dans le pays et à Srebrenica. La Bosnie est le pays d’Europe où la proportion musulmans/chrétiens est la plus équilibrée, l’Islam touche en effet 40 % de la population et le christianisme 50%. De plus, le pays a, depuis le génocide, beaucoup de mal à s’avouer le drame, aussi bien dans les deux régions, le fait est très peu abordé dans les études primaires et secondaires. Les serbes de Bosnie, « perdants », refusent de reconnaitre pleinement leurs actes et l’utilisation du terme de génocide tant que les crimes perpétrés contre leur peuple durant cette même guerre ne seront pas reconnus par la Fédération de Bosnie-Herzégovine et par la communauté internationale au même titre. Tous les faits de ce conflit n’ont à ce jour pas encore été éclairés, et les gagnants semblent avoir écrit l’Histoire seuls, puisque mis-à-part le génocide et les massacres de Srebrenica, les autres morts sont plus considérés comme des faits de guerre. L’ancien président de Republika Srpska Radovan Karazic a ainsi été condamné en mars dernier à 40 ans de prison par le Tribunal pénal international pour l’ancienne Yougoslavie (TPIY), comme étant le principal responsable du génocide de Srebrenica et du siège de Sarajevo entre 1992 et 1995.

 

 

Une division qui sert des intérêts personnels

 

Aujourd’hui le pays demeure instable et les deux principales communautés ne semblent pas être à la veille de la réconciliation et du vivre ensemble. A Srebrenica, la population est depuis plus de 20 ans sous le choc et peine à se relever, et vit en grande majorité dans la misère. Là où des mesures sociales sont grandement nécessaires, les candidats aux élections municipales qui auront lieu dans 5 mois préfèrent axer leur programme sur le communautarisme pour mieux assoir leur position. L’actuel maire sortant, le bosniaque Camil Durakovic, sera ainsi prochainement opposé au serbe Malden Grujicic. Si le premier estime que les divisions ne cesseront pas tant que les deux camps n’auront pas accepté de la même manière les faits qui ont été établis de façon légale, le second explique qu’il est entré dans l’esprit de la population que serbes et bosniaques ne peuvent pas vivre ensemble à Srebrenica compte tenu de l’Histoire, et que c’est pour cette raison que les bosniaques se réfugient derrière les partis bosniaques et les serbes derrière les partis serbes. Par ailleurs, les deux candidats affirment ne s’être jamais rendu aux commémorations pour les morts de la communauté de leur adversaire avec comme argument le fait que l’autre ne l’a pas fait avant, une situation qui est donc bloquée par la mauvaise foi de chaque côté.

Les deux camps créent de cette manière la division en se montrant en apparence contre celle-ci et en pointant du doigt leur adversaire comme responsable, tout en usant de leur mauvaise foi. Il est également possible de considérer que cette division maintenue au gout du jour pourra toujours être facilité par certaines lacunes concernant la vérité sur cette guerre dont les séquelles sont aujourd’hui encore à vif.

(Crédits photo : Remembering Srebrenica)