Le ciel était noir ce mercredi 9 novembre. Noir comme l’humeur générale qui régnait sur le campus de la State University of New York, état-bastion du parti démocrate, au lendemain de l’annonce de la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles. Récit et réactions.

 

Un vent froid chasse les feuilles mortes qui recouvrent le sol. Le regard fixé sur le sol et les traits tirés, les étudiants se dirigent en traînant des pieds vers les bâtiments de cours. Non, ils n’ont pas cauchemardé. Donald Trump a bien été élu Président des États-Unis.

 

« Vous voulez en parler ? » demande ma professeure de développement en voyant nos visages déprimés. « Non. » répond laconiquement mon voisin. La prof n’insiste pas et fait cours normalement. Dans le cours suivant, une discussion s’engage. L’incompréhension est totale. Tout le monde donnait Hillary Clinton. « D’une certaine façon elle a gagné », lance une étudiante au premier rang. « Plus de gens ont voté pour elle que pour Trump. C’est juste que le système américain est pourri ». La stupeur d’hier soir a laissé place à la colère ainsi qu’à la volonté de trouver un coupable. Il est vrai que Clinton a remporté plus de voix que son adversaire Républicain (202 340, pour être exact), mais dans la démocratie indirecte américaine c’est le nombre de grands électeurs qui compte, ce qui rend compréhensible la colère de nombreux démocrates. Ce système fait donc un bon coupable, mais les étudiants ont en d’autres en tête : les gens qui ont voté Harambé (ce gorille tué dans un zoo aux États-Unis), ceux qui ne sont pas allés voter... La liste est longue.

 

La victoire de Donald Trump montre cependant que quelque chose de plus latent rampe dans la société. Quelqu’un, au fond de la classe, soulève la question de la profonde division des États-Unis : « Il y a deux modes de vie qui s’affrontent, deux visions du monde, entre ceux qui vivent à la campagne et ceux qui vivent dans les villes ». Une division qui s’accentue au fur et à mesure que s’agrandissent les inégalités entre riches et pauvres. Cet écart est symbolisé par l’incompréhension des deux camps l’un envers l’autre : « Je ne comprends pas comment les gens ont pu voter pour un quelqu’un d’aussi incompétent. Pourquoi ils ont fait ça ? » demande une jeune fille, désorientée. Personne n’a vraiment la réponse.

 

On entend soudain des rumeurs provenant de l’extérieur. Un groupe d’étudiants noirs s’est rassemblé au milieu de la cour. Ils brandissent des pancartes et haranguent les passants pour qu’ils se joignent à eux. Le cours se termine. Je range précipitamment mes affaires pour aller voir ce qu’il se passe avant que les gens ne se dispersent. Sur quelques pancartes, on peut lire #BlackLivesMatter (la vie des noirs comptent) écrit en lettres fines, sur d’autres #NotMyPresident(pas mon président). Certaines portent aussi le drapeau arc-en-ciel de la communauté LGBTQI. Les sourcils froncés, ils crient leur crainte et leur rage. En tant que minorités, ils ont peur du discours xénophobe et homophobe de Donald Trump. La colère a laissé place à la peur. Une peur irrationnelle, un sentiment d’insécurité que certains jugent cependant exagéré. Pourtant une personne a déjà reçu des menaces sur le campus. Elle raconte son histoire à ceux qui veulent bien l’entendre : « Il m’a dit que Trump avait gagné, que j’allais mourir et il m’a traité de lesbienne ». Les regards sont choqués. « On ne va pas se laisser faire ! » lance quelqu’un dans la foule qui commence à s’amasser avant de partir en cortège à travers la fac.

 

À la fin de la journée, le vent a chassé les nuages et la vie semble reprendre son cours après cette période de choc qui a comme figé le temps. Ce qui est sur, c’est que les Américains déçus par les élections ne vont pas en rester là. Des manifestations anti-Trump s’organisent déjà partout dans les grandes villes des États-Unis. Une page est en train de se tourner pour les États-Unis et une nouvelle ère commence pour le monde.


Cécile Lemoine
(Crédits photo : Cécile Lemoine / LPA)