La troisième Pride de nuit a eu lieu vendredi dernier. À l’occasion de cette manifestation, de nombreuses associations LGBT, mais pas que, ont défilé pour revendiquer leurs droits et pointer du doigt l’immobilisme de l’état français en matière de racisme, de LGBTphobie (Homophobie, Lesbophobie, Biphobie et Transphobie) et de féminisme.

 

Samedi 24 juin a eu lieu la 40ème édition de la Marche des Fiertés. Cette marche rend visible la minorité LGBT, souvent effacée de la place publique. Toute la communauté LGBT et ses alliées ont été invitées à se montrer et à revendiquer des droits civils. Cet événement est depuis quelques années devenue massive et divertissante, à tel point qu’elle n’apparaît plus comme une manifestation revendicative, mais juste une fête. C’est pour cette raison que la Pride de Nuit est apparue comme une nécessité. Cette année le mot d’ordre était « Over the Rainbow, coalition des non-conformes ».

On aurait tort de penser que les avancées de ces dernières années (loi Mariage pour Tous en 2016 et Justice au XXIe siècle) ont permis l’égalité entre les citoyens, il existe en fait toujours de grandes disparités.

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PHOTOS ET TEXTE
MAXIME WANGREVELAIN

Le rendez-vous était donné à 19h à la Fontaine des Innocents à Chatelet-les-Halles, puis les manifestants ont traversé le quartier du Marais, passant notamment par la célèbre Rue Sainte Croix de la Bretonnerie, pour finir à la Place Baudoyer. Depuis cette place, qui jouxte la mairie du 4ème arrondissement, les porte-paroles ont dénoncé les actions du gouvernement actuel et passé, tout en réclamant de vraies mesures pour l’égalité. Parmi celles-ci, la législation de la PMA (mesure promise dans le programme de Hollande en 2012), mais aussi et surtout l’arrêt des politiques discriminatoires, stigmatisantes et répressives contre les personnes LGBT, mais aussi les personnes racisées, les migrants, les travailleurs du sexe et les personnes en état de précarité. Ainsi cette marche s’est révélée être un melting-pot des groupes de personnes qui sont en général invisibles sur la place publique, une marche correspondant donc aux valeurs du mot d’ordre.

Une égalité toujours pas atteinte…
 

Selon les organisateurs, « cette marche apparait nécessaire tant les problématiques soulevées les années précédentes demeurent et ont même été réactivées par la dernière campagne électorale ». En effet, on aurait tort de penser que les avancées de ces dernières années (loi Mariage pour Tous en 2016 et Justice au XXIe siècle) ont permis l’égalité entre les citoyens, il existe en fait toujours de grandes disparités.

Le mariage pour les couples de même sexe n’est pas complet puisque certains accords bilatéraux empêchent encore l’union d’un Français et d’un étranger. Ces accords concernent 11 pays, dont l’Algérie ou la Pologne. Cependant, la cour de cassation ayant jugé en faveur du mariage pour tous en 2015 entre un Français et un Marocain, on peut considérer qu’il y a jurisprudence. L’homophobie, de son côté, est toujours banalisée dans les médias et en politique, comme en témoigne la récente affaire Hanouna, qui s’est amusé à piéger des homosexuels en direct à la télévision. Le candidat LREM au législatives Olivier Serva a quant à lui qualifié l’homosexualité d’« abomination ».

Si la lutte LGBT est généralement symbolisée par le drapeau arc-en-ciel, ici c’était le drapeau de la fierté Trans (cyan-rose-blanc) qui dominait la marche. La communauté Trans fait face à de nombreux défis et est encore largement discriminée tant par les citoyens que par l’état. Que cela soit à travers les termes dégradant « travlo », des blagues potaches comme en a fait un sketch Yves Pujol, ou encore par les démarches humiliantes et rabaissantes pour le changement d’état civil. Si la Loi justice du XXIe siécle a permis de rendre la démarche de changement du code civil démédicalisée, elle doit encore passer au tribunal, et donc être jugée par une personne. Il faudra par ailleurs deux lettres de personnes qui « certifient » que la personne a changé de genre. Par ailleurs il reste encore beaucoup de travail à faire, notamment en matière d’éducation, de santé et de lutte contre la transphobie. Enfin le mouvement féministe n’était pas en reste, dénonçant les travers d’hommes politiques comme celui de François Robebloine, qui a eu une remarque sexiste suite à sa défaite face à Valeria Faure-Muntian aux législatives. L’équilibre des salaires n’est toujours pas respecté, et ne parlons même pas de la parité, qui reste bien en deçà de nombres de pays voisins.

Emmanuel Macron et son parti étaient également dans le collimateur. Malgré des idées progressistes sur ces questions, le nouveau président de la République a fait quelques faux-pas qui n’ont pas plu, en premier lieu la nomination de Gérald Darmanin qui a porté des tweets homophobe lors des débats du mariage pour tous. Lui a également été reproché le fait de mener une politique économique « antisociale ». L’inter-LGBT, fédération d’association LGBT, a également été vivement critiqué suite à sa non-présence pour la marche, tout en acceptant un char « En Marche » pour la Marche des Fiertés qui s’est tenu le lendemain.​

Cette manifestation n’apparaiît pas seulement comme un mouvement LGBT, mais comme un mouvement des « non-conformes », c'est-à-dire des minorités encore discriminée pour leur couleur de peau, de leur religion, d’où ils viennent et de qui ils sont.​