Syrie : un apaisement des tensions est-il possible ?

Pour la première fois en près de cinq ans de conflit, une cessation des hostilités a été appliquée en Syrie. La trêve initiée par les Etats-Unis et la Russie, qui a reçu l’aval de l’ONU, a été globalement respectée. Néanmoins, cette suspension des combats exclut les interventions contre les groupes d’Al Nostra et de l’Etat Islamique.


Un cessez le feu orchestré par deux factions distinctes

Le 22 février, les Etats-Unis et la Russie ont présenté les clauses d’un cessez le feu entre les forces du président Bachar El-Assad et les rebelles syriens. Ces clauses ne concernent néanmoins ni le Front Al Nostra, la branche Syrienne d’Al Qaida, ni l’Etat Islamique. Le lendemain, le gouvernement du président syrien a envoyé un communiqué acceptant les clauses de la trêve. Il a également profité de cette allocution pour annoncer les élections législatives qui auront lieu le 13 avril 2016. Du côté des rebelles, le Haut Comité des Négociations s’est engagé à tenir cette trêve, tout comme l’YPG, qui combat dans le nord et l’est du pays. Cependant la Turquie, par la voix de son président Recep Tayyip Erdogan, exige que les forces kurdes en soient excluent.

Ce traité, qui a pour durée 2 semaines, a été constitué par les Russie et les Etats-Unis, pays qui participent tous les deux à cette guerre mais dans des camps différents. Le premier défend le régime syrien, en s’attaquant principalement aux rebelles, alors que le second s’est engagé dans une coalition mondiale contre l’Etat Islamique. Enfin, ce traité a également eu l’aval du conseil de sécurité de l’ONU.



Une trêve majoritairement respectée

Malgré la trêve, des tirs d’obus se sont produits près de la place des Abbasides à Damas ainsi que dans la région d’Alep. Si l’on omet ces incidents, l’accord sur la cessation des hostilités a été respecté dans le nord et l’ouest du pays. Du côté des Russes, officiellement engagés dans le combat depuis le 30 septembre 2015, aucun raid aérien n’a été effectué. Pourtant, quelques heure avant le début du cessez-le-feu, ils ont mené de violentes frappes contre les positions des rebelles.
Hors de la trêve, l’Etat Islamique et le Front Al-Nostra en ont profité pour commettre des exactions. Le prétendu califat a commis deux attentats dans la province de Hama, qui est situé entre Damas et Alep, ces attaques ayant coûté la vie à 6 personnes. Quant à la branche syrienne d’Al-Qaida, la situation est plus compliquée, puisqu’elle est plus ou moins intégrée dans les troupes rebelles. Elle a par ailleurs appelé les rebelles a rejeter cet accord, dénonçant «une tromperie de l’Occident et de l’Amérique » dans le but d’intensifier les combats contre le pouvoir alaouite.

Ce répit va également permettre d’acheminer une aide humanitaire aux civils qui sont les grandes victimes de cette guerre. Depuis le début du conflit en 2011, on recense en effet près de 260 000 morts et un exode qui a touché la moitié des habitants du pays. 5 à 6 millions de ses habitants ont également fui le pays.


Les obstacles majeurs de la fin du conflit

Cette guerre, qui a commencé avec le printemps arabe il y a de cela 5 ans ne donne aucun signe d’arrêt, c’est même l’inverse. Depuis le début des combats, de plus en plus de protagonistes se sont ajoutés au bourbier, créant une situation ingérable et diplomatiquement quasi-impossible à régler. Originellement, un affrontement entre rebelles et loyalistes du pouvoir s’est peu à peu ouvert avec l’entrée en guerre des Kurdes du YPG, de l’Etat Islamique et de la présence des grandes puissances mondiales, pour ne citer que les plus importants.
Parmi les obstacles majeurs on peut tout d’abord se poser la question du lendemain. Tôt ou tard la guerre civile se terminera, comme ça a toujours été le cas. Dans le cas de la Syrie, il est difficile d’imaginer une fin avec un Etat stable reprenant les mêmes frontières que celles d’hier, entre les revendications des rebelles, celle des kurdes et l’impopularité du gouvernement.
Il y a également le cout financier de cette guerre civile. On estime aujourd’hui que le montant des dégâts s’élève à 270 milliards de dollars, soit autant que le PIB d'Israel. Le cout des reconstructions d’infrastructures, d’habitations et de l’économie avoisinerait quant à lui les 300 milliards. Un chiffre qui sera quasi-impossible à atteindre, puisqu’aucun investisseur ne voudra s’installer dans un champ de ruines.

Le dernier obstacle, et sûrement le plus important, est celui des voisins géographiques et ethniques. Les pays arabes de la région ont d’autres problèmes à gérer. C’est notamment le cas de l’Arabie Saoudite qui est trop occupée a bloqué l’influence des iraniens, à combattre les Houthis au Yemen et à se préoccuper de la situation du pétrole. L’Irak est totalement ruiné et dysfonctionnel, et l’Egypte n’est pas impartiale, le pays entretenant des liens fort avec la famille Assad. Enfin, les petits pays comme la Jordanie ou le Liban sont beaucoup trop faibles pour peser dans la balance.
Parmi les autres voisins, il y a tout d’abord l’Iran. Si la république islamique ne partage pas une frontière géographique avec la Syrie, elle possède néanmoins des liens religieux très forts avec les alaouites au pouvoir. La théocratie Chiite ne peut pas se permettre d’abandonner le gouvernement syrien, puisqu’elle perdrait un allié important dans la région. Celle-ci est en effet constituée d’une écrasante majorité de pays sunnite, par conséquent anti-iranien. Pour maintenant son influence dans cette guerre l’Iran utilise le Hezbollah libanais qu’elle finance et arme. Le pays joue donc sur les deux tableaux, puisqu’il participe dans le même temps aux pourparlers pour la paix.

L’autre allié de poids pour Assad est Poutine. Lui aussi joue sur tous les fronts. Il est à l’origine du cessez-le-feu, échange des amabilités avec la France, entretient une guerre psychologique contre la Turquie, combat l’Etat Islamique et soutient le gouvernement syrien. Il se sert également du conflit pour vanter la puissance militaire de la Russie. De par sa puissance, la pays s’impose pour faire en sorte qu’il aura son mot à dire quoi qu’il arrive. Cette présence lui permet également de garder un allier important dans la région, et d’empêcher l’influence des Etats Unis de s’agrandir. La stratégie russe vise à rayer une des factions du combat : les rebelles syriens. Si elle y parvient elle permettra de créer un conflit avec 2 factions distinctes : L’Etat obscurantiste et le gouvernement syrien. Cette nouvelle configuration forcerait les occidentaux à soutenir le moindre mal, en l’occurrence Bachar El-Assad ici. Ce cessez-le-feu aussi fragile soit-il ne constitue pas une véritable pause dans les combats, permet l’acheminement de vivres, de médicaments mais pas seulement. En mettant l’agression militaire au service de la diplomatie, Poutine utilise cette trêve pour conforter ses positions militaires mais aussi, et là est toute l’ambiguïté, celle de Bachar el-Assad, qui était au bord de l’implosion à l’été dernier. Cette stratégie contraint les puissances occidentales à entrer en pourparlers avec un homme qu’ils refoulaient jusqu’à maintenant. Le 13 avril auront lieu les élections législatives. Elles seront contrôlées par Bachar el-Assad et Vladimir Poutine, donnant l’illusion d’une « transition politique ». Néanmoins, cette heuristique pourrait se retourner contre la Russie : elle est peuplée par près de 25 millions de musulmans et pourrait devenir un nouveau foyer pour l’Etat Islamique.

Enfin, la dernière « puissance régionale » à être dans le conflit est la Turquie. Le pays possède des objectifs très flous. D’un côté, elle fait la guerre à l’Etat Islamique, qui combat les kurdes, ceux-ci étant les ennemis numéro 1 de la Turquie. L’adage « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » n’a jamais autant fait sens. Ainsi, la Turquie préfère frapper les kurdes, tout en frappant l’Etat Islamique de manière beaucoup moins importante.
Historiquement la Turquie entretient des liens assez froids avec le gouvernement syrien, elle veut donc éviter tout engagement militaire important. Membre de l’Otan, elle est alliée avec les Etats Unis, qui eux n’hésitent pas à soutenir les Kurdes qui combattent l’Etat Islamique. Le gouvernement Erdogan doit donc faire très attention aux positions prises. Le pays s’insurge lorsque l’on traverse son espace aérien, des pilotes russes en ont fait les frais, mais ne l’est pas particulièrement par le flux de pétrole provenant des gisements sous contrôle du Califat. La Turquie pourrait avoir un grand rôle dans la paix de la région, mais par sa haine des Kurdes, elle a choisi de faire l’inverse, et de compliquer la situation.

Les obstacles sont donc nombreux, et les frontières physiques que l’on a connu dans le passé n’ont presque aucune chance de revenir à la normale. Le cas le plus probable sera une répartition du territoire entre les minorités kurde, loyaliste et rebelle. Sans mentionner l’énorme épine qu’est l’Etat Islamique.


 

Des premiers jours de trêve encourageants

Au lendemain du 27 février, qui a marqué le début de la cessation des hostilités, on pouvait craindre la fragilité de l’accord. Il régnait une certaine inquiétude autour du bilan de cette cessation tant les attentes constituent un défi majeur dans ce pays ravagé par la guerre depuis 5 ans : réduire la violence et les victimes de ce conflit meurtrier. Si certaines violences mineures ont bien eu lieu depuis la trêve, les premiers jours autorisent au peuple Syrien l’espoir d’une fin définitive des hostilités, même si cette issue est malgré tout peu probable. Selon les agences Associated Press et Sputnik News, « la trêve conclue grâce à la médiation de Washington et de Moscou a apporté la première journée relativement calme depuis plusieurs années dans certaines régions de Syrie ». Les premiers jours de trêve en Syrie ont donc considérablement diminué le niveau de violence dans le pays, selon Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon.
Même s’il ne s’agit que d’une trêve et que le conflit tend à reprendre, l’objectif diplomatique qui consiste à apaiser les tensions, autorise aujourd’hui la Syrie à respirer.