« J’ai vu la peur sur la face de mes géôliers en entendant la voix de Sarkozy »
Ingrid Betancourt, dimanche 9 octobre au Zénith de Paris


 


L’avis du FARC :

« Je m’en souviens comme si c’était hier. Tous les détails sont exacts, de la position où Ingrid Betancourt se trouvait jusqu’à la radio qui pendait de l’arbre. Je ne pensais pas que cette information sortirait un jour de son contexte privé. Nous, les FARC, faction historiquement brave et une des guérillas les plus puissantes d’Amérique du Sud, tremblant de peur en entendant la voix d’un homme dont on ignorait jusqu’au visage… Ce n’est pas vraiment bon pour notre crédibilité dans le milieu des associations terroristes. Pourtant c’est vrai, nous avons pris peur ce jour-là, tous autant que nous étions. Nous avons pris peur parce que nous sentions que Nicolas Sarkozy était un homme prêt à tout pour sauver la femme que nous retenions prisonnière depuis six ans sans bouger un sourcil quant aux conditions de sa libération. Mais sommes-nous vraiment à blâmer ? Sarkozy a l’air de tout avoir d’un héros : il est riche et vit dans une grande propriété dans une grande métropole d’un grand pays. Comme Bruce Wayne. Alors vous pouvez comprendre qu’avec mes collègues de la guérilla, qui avons grandi en regardant des films de superhéros, nous ayons eu les chocottes. Heureusement, on a retrouvé nos cojones un peu plus tard quand on a vu à quoi Sarkozy ressemblait vraiment (loin, très loin d’un possible Batman). Mais il était trop tard, nous avions déjà perdu l’otage aux mains de l’opération Jaque. Si au moins Sarkozy avait compté parmi les soldats libérateurs, nous n’aurions pas perdu la face... »



L’avis du militant de droite :

« J’adore écouter Ingrid Betancourt parler. Elle met tout son cœur et pèse chacun de ses mots. Beaucoup de partisans des Républicains ont dit qu’ils étaient venus pour voir Nicolas, mais quand j’ai su que Mme Betancourt serait là, j’ai directement acheté mon billet d’avion pour venir la voir depuis Marseille. Ça varie un peu des discours du vieux Jean-Claude, même si on l’adore, notre maire. Comme l’ont si bien dit Laurent Wauquiez et François Baroin, Ingrid Betancourt nous a tous émus si forts en ce dimanche, que je vous mets au défi de trouver un spectateur qui n’ait pas lâché une petite larme en l’entendant parler sur la scène. Elle nous a refait comprendre à quel point Nicolas est un homme spécial : libérateur, humain, intelligent, rusé quand il le faut. Que demander de plus à un homme politique ? Il a quand même fait trembler les FARC rien qu’avec sa voix, vous vous rendez compte ! C’est pas Flambi qui ferait ça, ça c’est sûr. D’ailleurs, tout cet engouement et cet esprit de rassemblement dominicaux m’ont rappelé ces mots de Henri Guaino que j’avais lus il y a quelque temps dans l’Express : sans Sarkozy, il n’y aurait plus de démocratie dans le monde. Vous voyez qu’il est spécial, Nicolas, vous voyez maintenant ? »


 

L’avis du militant de gauche :

« Je me demande bien ce qu’elle a mangé, Betancourt, pour sortir des paroles aussi ridicules au beau milieu d’un discours aussi important. Sarkozy qui fait peur aux FARC, c’est comme Macron qui se fait passer pour un homme de gauche : un mensonge. Déjà, faire un meeting au Zénith, c’est assez révélateur de ce qu’est devenu Sarkozy depuis qu’il est sorti de sa retraite prématurée : un mauvais artiste qui essaie de transcender un public de fanatiques qui ne se rendent pas compte que leur idole va mal, très mal. Notre ex-président fait peur à voir, et ce ne sont pas quelques mots sympathiques de la part d’une ancienne otage qui n’a absolument aucune importance politique dans notre pays qui va changer les choses, malheureusement pour lui, et heureusement pour nous.
Avec un peu de chance, d’ici mai prochain, les FARC se décideront à montrer qu’ils ne sont pas les petits enfants peureux décrits implicitement par Ingrid Betancourt, et viendront prendre en otage François Hollande et Nicolas Sarkozy, avec Marine Le Pen dans leurs bagages. Ça nous libèrerait de trois gros poids, et ça laisserait la chance à des têtes qui sont bien plus en état de diriger un pays que ces dinosaures aux idées douteuses. »

 

 


L’avis honnête (l'avis de la rédaction) :

Ingrid Betancourt est-elle consciente que dire quelque chose ne suffit pas à le rendre vrai ? Il est certes vrai que prononcer des paroles rassembleuses devant un public acquis à la cause de celui que l’on encense est une tactique vieille comme le monde, mais il ne faut pas surestimer la véracité de ses propos. D’aucuns pourront rétorquer que nous n’avons pas vécu ce qu’elle a vécu dans la jungle colombienne, et que nous ne pouvons pas vérifier si ses dires sont véridiques ou non, mais entre les lignes, on peut tout de même douter de l’honnêteté de la Franco-Colombienne. Simplement parce que c’est trop gros, et que c’est mal dit.
Les FARC sont une organisation terroriste dont les actions ne sont plus à présenter, auteure de nombreux assassinats et attentats en Colombie, couplés à quelques prises d’otage très médiatisées.
Dans leur camp retranché, comment auraient-ils pu frissonner à la simple écoute de la voix tiquée de Nicolas Sarkozy ? Même si le président de la République de l’époque avait prononcé des mots très durs et promis une opération armée dans peu de temps, les FARC ne sont pas les premiers venus et ce n’était pas la première fois qu’ils devaient entendre de tels propos : la fonction même d’une guérilla, c’est d’être mise en danger. Si ses membres prennent peur à la moindre petite parole en l’air d’un chef d’état concernant leur activité, la meilleure chose pour leur santé mentale serait probablement d’arrêter toute activité criminelle sur le champ. L’ont-ils fait ? Aux dernières nouvelles, à part négocier un traité de paix infructueux avec le gouvernement colombien, ils existent toujours.
S’ils possèdent toujours leur radio de fortune et qu’ils reçoivent les ondes internationales, nul doute qu’ils ont dû trembler en écoutant Nicolas Sarkozy parler au Zénith dimanche. Ils n’auraient pas été les seuls : tous les amateurs de politique dignes de ce nom ont aussi frissonné 45 minutes durant, mais de pitié. Car Nicolas Sarkozy, s’il a peut-être fait peur à quelqu’un dans la cour de récré de son école privée en lançant des cailloux sur ses petits camarades qui osaient dire du bien de François Mitterrand, est aujourd’hui un homme qui a besoin de se sentir conforté. Heureusement pour lui, il peut toujours compter sur ses fidèles lieutenants, un groupe fermé auquel Ingrid Betancourt tape allègrement à la porte.



Paul Idczak
(Crédits photo : AFP)

Un fait d’actualité analysé et decrypté sous plusieurs angles, pour faire ressortir les enjeux cachés derrière la simple information. Cette semaine, retour sur les propos d’Ingrid Betancourt sur Nicolas Sarkozy dimanche dernier au Zénith de Paris.