« Un pain au chocolat doit coûter, je ne sais pas, 10 ou 15 centimes d'euro !»
Jean-François Copé, lundi 24 octobre sur Europe 1


 

L’avis compatissant :

« Il faut arrêter de tomber sur les politiques parce qu’ils ne savent pas répondre à des questions sur la vie quotidienne des Français. Est-ce que nous les élisons pour qu’ils prennent des décisions sur le prix du ticket de métro, du litre de lait ou du pain au chocolat ? Non, nos dirigeants sont là pour nous représenter au niveau national et international, et, à mon avis, au moment où les discussions au G8 s’axeront sur le coût d’un petit déjeuner, il faudra s’inquiéter de la bonne santé de nos politiques. Et puis, il ne faut pas non plus voir nos élites comme des gens dénués d’humour. La vérité, c’est que leurs blagues sont si fines et leur jeu d’acteur si précis que seuls les plus intelligents d’entre nous parviennent à déceler la satire derrière des réponses à côté de la plaque. Personnellement, j’ai compris leur jeu depuis longtemps, et je me dis qu’aussi bien NKM que Copé et Jean-Paul Huchon, parmi d’autres, jouent avec notre esprit pour que l’on puisse se rendre compte de la vraie valeur des choses. La France ne se relèvera pas avec des polémiques inutiles, je vous l’assure. »
 


L’avis du boulanger :

« Je crois qu’on tient la déclaration radiophonique de l’année. Peut-être que Jean-François Copé devrait s’intéresser de plus près à la profession de boulanger s’il veut rassembler une part plus importante de Français derrière lui. Se rend-il au moins compte qu’il raconte n’importe quoi ? Nous travaillons des heures chaque jour pour rendre de bons pains et de bonnes pâtisseries, ce n’est pas pour les vendre à un prix qui n’a probablement jamais été en vigueur depuis que la pâtisserie a été inventée…En se basant sur sa propre expérience de maire et de député, il est certain qu’à temps de travail égal à ses yeux, nous autres boulangers devrions être millionnaires ! Mais ce qui me surprend le plus dans l’histoire, c’est qu’un homme qui est maire d’une ville baignant dans une industrie artisanale importante soit autant à côté de ses pompes. Si on lui demandait le prix du brie, je suis persuadé qu’il en connaîtrait le cours sur le bout des doigts. Mais à Meaux, il y a aussi des boulangeries, et mes confrères devraient lui préparer de petites surprises la prochaine fois qu’il fera le tour de la ville et leur rendra visite : baisser le prix du pain au chocolat à 15 centimes pour tous les électeurs s’engageant contre la réélection de leur maire. Ca lui ferait une belle jambe, à Copé, si cela arrivait. Mais bon, au final, il crierait probablement au complot et finirait totalement persuadé, cette fois-ci, que les viennoiseries sont les outils de propagande des pauvres petits Français smicards ou, pire, tournant au RSA. »

 

L’avis honnête (l'avis de la rédaction) :

Jean-François Copé n’est pas un cas à part dans la politique française. On peut le défendre, et dire que tout homme politique digne de ce nom ne connaît pas le prix exact du pain au chocolat parce qu’il ne se déplace pas lui-même pour l’acheter, quand il ne déclare pas publiquement ne pas en manger, prétextant des questions de santé et la nécessité de ne pas être en surpoids. Mais il faut aussi savoir définir la limite de normalité d’une déclaration de ce type. Car si ne pas connaître le prix du pain au chocolat est une chose, en arriver à donner une valeur aussi basse est synonyme d’une certaine déconnexion de la réalité et d’une distance vis-à-vis du quotidien de la majorité des Français. Problématique quand on aspire à se présenter à l’élection présidentielle…
Nathalie Kosciusko-Morizet pouvait avoir, dans sa surévaluation du prix du ticket de métro, une sorte de compassion implicite pour les Parisiens : avec un ticket de métro à 4€, les déplacements seraient fortuits pour les habitants les plus démunis de la capitale dépourvus de voiture. En d’autres termes basés sur une entrée totalement hypothétique dans le cerveau de la dame, il peut exister une question sociale en France. D’accord, affirmer cela revient à trouver des circonstances atténuantes à toute estimation supérieure de bien de base par les politiques, mais il ne faut pas négliger les détails : ils font souvent la différence. En l’occurrence, en partant de ces détails, on peut tout à fait en conclure que le sort des plus pauvres n’intéresse en rien le maire de Meaux. Si les pains au chocolat coûtaient 10 ou 15 centimes, cela signifierait que le gouvernement français aurait, pour une fois, avantagé le bas peuple au détriment des élites (et des boulangers), ou bien alors que l’euro serait devenu la monnaie la plus forte du monde – ce qui impliquerait le contraire de la première possibilité. Dans les deux cas, il s’agit de pure fiction. L’esprit de Jean-François Copé navigue-t-il dans des eaux calmes et sans remou, où chaque Français subvient à ses besoins et où tout est bien qui finit bien ? En transposant une réalité personnelle sur une population entière, pas étonnant que Copé soit de la marque de ceux qui souhaitent supprimer l’impôt sur la fortune et qu’il méprise le social autant que chaque mot sortant de la bouche de François Fillon. Bonne nouvelle, il ne sera pas président. Mauvaise nouvelle, on ne saura jamais si Alain Juppé connaît le prix du pain au chocolat. Amis, ennemis, à droite, l’entraide est finalement présente aux moments opportuns, au bonheur des uns et au malheur des autres.




Paul Idczak
(Crédits photo : Pierre Andrieu / REUTERS)

Un fait d’actualité analysé et decrypté sous plusieurs angles, pour faire ressortir les enjeux cachés derrière la simple information. Cette semaine, retour sur les politiques déconnectés de la vie quotidienne, caractérisés par Jean-François Copé.