Cernée à l’Ouest par les Etats-Unis d’un Donald Trump protectionniste et à l’Est par une Russie encore moins disposée à soutenir sa cause, l’Union européenne se trouve peut-être au tournant de son histoire.

2016 ne fut pas une année de tout repos pour l'Union Européenne. Outre le Brexit, elle a dû faire face à la crise des migrants, au conflit syrien, à une vague d’attentats, la remise en cause de l'espace Schengen, la montée des nombreux partis eurosceptiques… Et 2017 ne s'annonce guère mieux, puisqu’un de nos alliés historiques menace de nous tourner le dos. En effet, la politique étrangère de l'administration de Trump, investi vendredi dernier, se veut guidée en premier lieu par la défense des intérêts américains, d'où le slogan « America First ». Le milliardaire veut ainsi renouer avec l'ADN protectionniste des États-Unis. Si, sous certains côtés, on peut penser que cette politique a du bon parce que le protectionnisme implique la non-utilisation du droit d'ingérence, évitant d’éventuelles guerres au prétexte bidon, cette politique signifie également un repli sur les plans économique, diplomatique et commercial, qui serait néfaste pour les relations entre les deux puissances transatlantiques. L'Union Européenne doit ainsi relever deux défis majeurs si elle ne veut pas risquer de voir ses intérêts menacés et son existence remise en cause.


Renforcer l’unité entre les pays-membres

 

Le premier de ces défis est de parvenir à une véritable union. En effet, l'UE n'est plus aussi forte qu'elle a pu l'être par le passé, et il lui faut y remédier. Cela ne veut pas dire qu'il faut revenir à une union restreinte, mais qu’il faut réformer des institutions initialement prévues pour un petit nombre de pays. Il faut également que l’Europe puisse être capable de prendre de décisions communes et avoir les moyens de les faire appliquer. Par exemple, lorsque les pays de l'Union Européenne décident conjointement d’accueillir des réfugiés, Bruxelles ne peut pas laisser le président hongrois poser des barbelés à ses frontières pour empêcher les migrants de passer. Problème : les politiques nationales priment sur les décisions européennes, et les dirigeants européens ne peuvent revenir sur une décision nationale. L'Union doit donc régler les conflits qui l'opposent en interne pour lui permettre d'avancer et de s'unir afin de résister à la pression économique et financière des autres puissances comme les États-Unis, la Russie ou la Chine. L'institution apparaît en effet comme la seule manière pour les pays européens d'exister sur la scène internationale à l’heure actuelle.

Défendre la démocratie et la liberté

 

En plus de s'unir, l'Union européenne doit se poser en garant de la démocratie et des libertés individuelles. Ce rôle était auparavant occupé par les États-Unis depuis la sortie de la seconde guerre mondiale, mais ils ne semblent plus aujourd’hui avoir l’ambition de le tenir. Ainsi, les 27 doivent avoir le courage d'intervenir dans des conflits lorsque les principes de la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen sont bafoués – comme ce fut le cas en Syrie. Pour cela, elle doit se doter d'une puissance diplomatique plus importante et communiquer d'une seule et unique voix, sans pour autant prendre de décisions unilatérales.
Cela passe également par l’existence d’une puissance militaire dissuasive, qui pourrait se traduire par la création d'une force de défense commune. L’Union européenne devra prouver qu’elle n'a pas peur de se dresser contre les grandes puissances telles que les États-Unis. Les avertissements de la chancelière allemande Angela Merkel et du président français François Hollande sur les valeurs traditionnellement partagées par les États-Unis et l'Union Européenne font dans cette optique figure de piqûre de rappel.

 

Même s'il est probable que l’isolationnisme mis en avant par Trump dans sa campagne et dans son discours d’investiture soit en partie réduit par le Congrès, l'Union européenne doit se préparer à vivre pendant quatre ans sans l'aide des États-Unis. L'enjeu pour l'UE est donc de redevenir la place forte qu'elle fut par le passé, sous peine de risquer l’émergence accrue de partis eurosceptiques et nationalistes, ouvrant dans le même mouvement d’autres départs de pays-membres. Si Trump confirme concrètement les propos tenus la semaine dernière, l’Union se verra forcée de montrer qu'elle est capable d'exister sans les États-Unis. Si elle se sort de ce défi sans encombre, elle pourra envisager de meilleurs lendemains. Dans le cas contraire, il sera temps d’engager son pronostic vital.



Thomas Flenet
Photo Michel Euler/AP/SIPA