Un groupe de djihadistes se revendiquant de l’Organisation Etat Islamique a attaqué la ville de Ben Guerdane lundi 7 mars. Le bilan des victimes est porté à 55 dont 36 djihadistes. Cela ressemble malheureusement à un scénario trop récurrent ces derniers mois dans une Tunisie encore meurtrie par les attaques du 18 mars 2015 à Tunis.

 

Une véritable insurrection

 

Il est 5h10 lundi matin dans la ville de Ben Guerdane au sud-est de la Tunisie et non loin de la frontière avec la Lybie lorsque que des groupes armés tentent d’assaillir casernes et postes de police. Ils s’en prennent également à des civils en pleine rue, 7 périront avec 12 membres des forces de l’ordre qui réussiront, malgré cela, à stopper l’attaque en faisant 36 victimes chez les assaillants. Ces terroristes cherchaient à neutraliser les installations sécuritaires et à établir une « antenne » du territoire de l’Organisation Etat Islamique, ont affirmé les autorités tunisiennes suite aux attaques. Il ne s’agit donc pas d’un attentat mais d’une véritable insurrection. La situation est inédite dans les pays du Maghreb mais rappelle au gouvernement l’état géopolitique inquiétant du voisin libyen chez qui Daesh connait depuis plusieurs mois une poussée fulgurante. On assiste probablement à un nouveau tournant dans une lutte désormais qualifiée de « guerre totale contre le terrorisme » par Habib Essid premier ministre Tunisien.


 

Des assaillants locaux

 

Contrairement aux attaques auxquelles nous avons assisté depuis un an que ce soit en France, en Turquie ou en Tunisie, les auteurs des actes n’étaient pas des combattants formés à l’extérieur dans le but d’une attaque symbolique. Même si certains provenaient de Lybie, la majorité des assaillants étaient originaires de la région de Ben Guerdane, ce qui explique qu’un nombre important d’entre eux ait pu prendre aisément la fuite. Leur origine et la proximité avec la frontière libyenne nous permettent aussi de comprendre la nature de l’attaque et son objectif, à savoir le contrôle d’une zone. Effectivement, ces djihadistes n’ont pas simplement cherché à détruire des lieux symboliques de la République Tunisienne, mais bel et bien à en chasser tout représentant de l’Etat. Une autre différence marquante est la prise de fuite des terroristes ayant survécu, qui n’ont donc pas sacrifié leur vie pour ôter la vie d’autres « infidèles » et mourir en martyrs.


 

Un terrorisme aux allures de soulèvement

 

Si l’armée et la police tunisienne ont repris dans la soirée de lundi le contrôle de la ville, il semble logique que les survivants de l’attaque ayant fui ne soient pas résignés à abandonner leur tentative de prise de contrôle de Ben Guerdane qui n’en est sûrement qu’à son début. Pendant ce temps, les autorités mettent en place une véritable « chasse à l’homme » dans la région, plus particulièrement à proximité des frontières. 10 personnes reconnues comme djihadistes par les autorités ont été tuées mercredi 9 mars, faisant également 1 mort dans l’armée et un civil blessé.

Le combat face à cette menace d’une nature nouvelle sera long et fastidieux pour la Tunisie dans une région abandonnée par le gouvernement et livrée à elle-même depuis de nombreuses années. Un gouvernement en qui elle n’a plus foi, sans doute l’une des raisons de ce terrorisme aux allures de soulèvement.