Avec Uptale, l'apprentissage en réalité virtuelle prend forme

Uptale, start-up qui propose des formations professionnelles en réalité virtuelle, séduit de plus en plus de clients, et compte bien amorcer son virage économique en passant du rôle de créateur à celui d’intermédiaire.

« Pour l’instant, le but c’est d’avancer à notre rythme et d’essayer de vendre un bon produit. » Dwayne Iserief, 31 ans, reste lucide sur le développement de sa start-up. L’année dernière, ce jeune entrepreneur passionné de réalité virtuelle a cofondé Uptale. Avec lui, l’ancienne d’Axa et de Danone Aurélie Truchet, ainsi que David Ristagno et Sebastian Leang, qui ont tous deux quitté Microsoft pour se consacrer au développement de la nouvelle boîte intégrée au Founders Program de la Station F à Paris, le plus grand incubateur de start-ups au monde.

Le principe d’Uptale : proposer une plateforme d’immersive learning, des formations professionnelles prenant la forme de photos ou de vidéos en réalité virtuelle à 360 degrés.


 

PAR PAUL IDCZAK
Photo Uptale

22 décembre 2017

A l’origine, la boîte fonctionnait comme une petite équipe de tournage. « Pendant un an, on a tout fait de A à Z, révèle Dwayne Iserief, qui s’occupe de la communication d’Uptale. On écrivait les storyboards, on s’occupait de la captation et on ajoutait les éléments interactifs. » Ce travail de longue haleine est nécessaire pour séduire le marché, et prouver que les formations proposées par Uptale sont attrayantes auprès des entreprises et des organismes de formation, cibles privilégiées de la start-up parisienne.

Evolution constante

Après avoir concentré pendant plusieurs mois son activité sur la réalisation de prestations d’apprentissage clé en main, Uptale a pu amorcer son changement d’orientation économique. Une évolution traduite  au premier abord par les tarifs proposés par l’entreprise, qui, au départ, « évoluaient toutes les deux semaines », passant de 12 000€ tout compris à une échelle s’étalant de 99€ mensuels à 6 000€ annuels aujourd’hui. Une manière de s’adapter aux demandes et aux moyens différenciés des clients potentiels.

Dwayne Iserief l’avoue volontiers : « C’est une difficulté pour les start-ups de trouver leur pricing. D’ailleurs, il est probable que nos prix actuels, en place depuis six mois, ne soient pas définitifs. » Ces hésitations sont en partie dues aux tarifs très variés des concurrents d’Uptale. Certains proposent des formules tout illimité à 300€ par mois, alors que d’autres vantent la gratuité de création des expériences tout en demandant 3000€ pour les exporter et les publier.

Contrairement à ces agences concurrentes, le souhait d’Uptale est de « démocratiser » l’usage de son produit de façon à rendre autonome le client. La start-up l’incite pour cela à acheter lui-même les caméras et à travailler avec une agence en charge de la captation. La plateforme pédagogique ne servirait alors qu’à la fin du processus, pour rajouter des éléments interactifs.

La petite entreprise aux six salariés n’aurait donc plus à s’occuper du tournage des vidéos à 360 degrés, mais simplement à développer ses outils pédagogiques interactifs en tant que software as a service (SaaS) afin que les acheteurs les utilisent à leur guise. « On n’a pas envie d’avoir le rôle de créateur de prestations », admet Dwayne Iserief. Néanmoins, le co-fondateur d’Uptale reconnaît que la start-up ne pourra pas abandonner la création dans un futur proche : « On continuera encore de vendre des prestations clé en main pendant deux ou trois ans, jusqu’à ce que la période d’évangélisation du marché soit terminée. »


Etape par étape

Au cours de ses quelques mois d’existence, Uptale a déjà conquis de nombreux clients, dont de grandes entreprises françaises. Evian, L’Oréal, Accor, Enedis ou encore la SNCF font ainsi partie de ces grands noms, enchantés à l’idée de proposer à leurs apprentis des formations « cinq fois plus rapides qu’une séance de e-learning classique », comme l’écrit Aurélie Truchet, responsable de l'expertise en formation d'Uptale, sur son compte LinkedIn. « On croît de manière organique, et on est contents de savoir que des gens sont prêts à dépenser 6 000€ pour une solution qu’on a créée,  se ravit de son côté Dwayne Iserief.  C’est plutôt rassurant et encourageant pour la suite. »

Les quatre co-fondateurs de la boîte prennent les étapes une par une. Actuellement, ils sont en train d’activer « tous les leviers » à la Banque Publique d’Investissement (BPI) au niveau du développement de fonds propres et des avances remboursables pour 2018, « histoire de bien commencer l’année ». Et d’espérer atteindre, à court terme, « une centaine d’utilisateurs payants et un certain montant de revenu mensuel récurrent », qui constituent, pour Dwayne Iserief, « la base de la viabilité du projet ». Celui-ci devrait consister en une levée de fonds fin 2018, suivi par un développement de la marque Uptale à l’international.