Hier soir, les derniers espoirs d’Alain Juppé se sont éteints, sans surprise. Le maire de Bordeaux va pouvoir se consacrer exclusivement à sa ville. L’émotion de l’ex candidat suite à sa défaite au second tour des primaires de la droite était aussi touchante que le score abyssal de Jean-François Copé au premier tour.
De l'autre côté, félicité pour sa victoire pour le moins écrasante, François Fillon est en passe de réussir ce que personne n’avait prévu. Quatrième roue du carrosse quinze jours avant les résultats du premier tour avec un programme encore plus assumé dans le conformisme de la bonne droite dure, il a finalement été élu par une droite qui s’est mobilisée en masse. Une droite rassemblée ne pouvait pas aider le vainqueur des primaires autant que la passivité lassante d’un Bruno Lemaire pendant les débats télévisés et la bave d’un Alain Juppé un peu trop sûr de lui.
Mais François Fillon c’est avant tout un homme sans casseroles, même après avoir été ministre sous Sarkozy, sorte de figure tutélaire, un modèle, ce qui peut être considéré comme un exploit.
Son programme transpire le renouveau passéiste. Une économie plus libérale, 500 000 suppressions de postes dans la fonction publique, l’adoption chaque année par le Parlement de quotas pour réguler les personnes susceptibles de venir en France ou encore l'interdiction de l’adoption plénière pour les homosexuels. L’élève moqué, celui sur qui les projecteurs ne faisaient pas briller ses deux sourcils prépondérants, a dépassé un maître que même la droite ne voulait plus voir sur le devant de la scène. Comédie dramatique, on ne sait pas si on doit rire ou en pleurer. Même Marine Le Pen voit déjà en François Fillon un adversaire potentiel lors d’un deuxième tour cauchemardesque au prochaine présidentielle.

Fillon incarne la droite dure, celle décomplexée et traditionnelle. Une droite qui vit avec plusieurs années de retard, dans une époque où l'histoire délaisse un récit national que l'ex-Premier ministre souhaite réimplanter dans les programmes. Une droite pour qui "la communauté juive ne respecte pas toutes les règles de la République". La fureur de cette branche conservatrice paraît capable de rassembler de nombreux déçus mais manque de réserves au centre. Les mois d’avril et mai 2017 risquent à coup sûr d’être, eux, mouvementés.

Léo Sanmarty