Dimanche 19 septembre se sont tenues en Russie les élections législatives à la Douma, chambre basse de l’Assemblée fédérale de la Fédération de Russie. Il s’agissait  d’un véritable test pour Vladimir Poutine avec ces dernières élections avant les présidentielles de 2018.

 

Record pour Russie Unie

 

Sans grande surprise, le parti Russie Unie du Président Poutine est arrivé largement en tête de ce scrutin, avec une victoire à la majorité absolue. Avec un score de 54,2%, Russie Unie obtient un total de 343 sièges sur 450 à la Douma, un record qui vient nettement consolider la position du parti qui en avait obtenu 238 lors des dernières législatives en 2011. Une aubaine donc, pour Vladimir Poutine qui assure encore un peu plus son pouvoir et sa main mise sur les institutions, et qui lui permet de se tourner sereinement vers l’avenir en vue des élections présidentielles prévues en 2018. En effet, après ces très bons résultats, la quasi-totalité de l’opinion publique russe est certaine qu’il se présentera pour un quatrième mandat à la tête du pays. Cette victoire lui a également déjà permis de placer un proche à la tête du Parlement, Viatcheslav Volodin.

 

Plus de stabilité vers un multipartisme ?

 

Très satisfait de la majorité absolue obtenue, le chef de l’Etat a salué « le choix de la stabilité politique » et la confiance envers les pouvoirs en place de la part des Russes malgré le contexte de crise, dû notamment à la baisse du prix des hydrocarbures et aux sanctions occidentales liées à la situation en Ukraine. Vladimir Poutine a affirmé vouloir être à l’écoute des autres partis russes « y compris ceux qui n’ont pas pu rentrer au Parlement ». Malheureusement ces derniers, souvent d’opposition, n’ont pratiquement aucun appui médiatique et subissent un boycott continu par les grands médias nationaux, comme en témoigne le score de 0,66% du principal parti d’opposition, le libéral Parnas. Seulement trois partis se partagent les quelques sièges restants, donnant ainsi une vague impression de multipartisme, bien que ces derniers ne soient pas considérés comme des partis d’opposition.

 

Une participation qui en dit long

 

Mikhaïl Kassianov, co-président du parti Parnas, s’est montré indigné du faible taux de participation (47%), qui selon lui a été très favorable au parti au pouvoir. Il explique que beaucoup de russes se sont résignés et ont perdu l’espoir de pouvoir remplacer démocratiquement les autorités, et également que le traitement médiatique inégalitaire a grandement contribué à la victoire du parti de Vladimir Poutine. Par conséquent, la plus grosse base de personnes ayant participé au scrutin recherche la stabilité mise en avant dans la campagne de Russie Unie et se manifeste principalement dans la tranche des seniors. Encore selon M.Kassianov, le faible taux de participation rend la falsification des votes plus simple dans le pays considéré comme 119ème sur 168 au classement des pays les moins corrompus d’après l’ONG Transparency Internationale. Plusieurs cas de bourrage d’urnes ont été observés dans certains bureaux de votes où le nombre de participants s’est avéré bien inférieur aux nombres de bulletins de votes comptés. Au nom de la transparence, les scrutins de certains de ces bureaux de votes ont été annulés par la commission électorale mise en place cette année dans le but d’éviter les mêmes dérives de corruptions qui avaient eu lieu lors des élections de 2011.

 

Si les élections législatives concernent avant tout la politique interne du pays, le rapport de la commission électorale nous éclaire sur la position internationale de la Russie, notamment vis-à-vis de la Syrie. Alors que la présence et le nombre de soldats russes sur le sol syrien demeurent secrets, plus de 4000 russes y auraient voté dimanche dernier, or on sait que la plupart des civils russes avaient été évacués du pays au début de la guerre civile. De plus, très peu de russes ont voté depuis Damas mais principalement depuis les bases militaires de Tartous, Hmeymime ou encore de la province de Lattaquié. Le ministre russe de la défense a quant à lui affirmé que tous les militaires russes présents sur place avaient voté. Ces informations ne permettent pas de connaitre avec certitude le degré d’implication militaire russe en Syrie, mais nous en donnent par ailleurs une idée plus précise.

Ivan Mucunski
(Crédits photo : REUTERS/ Pavel Rebrov)