Au Yémen, les origines d’une crise humanitaire sans précédent

La guerre civile qui touche actuellement le Yémen, voisin de l’Arabie Saoudite, a plongé le pays dans le chaos et laissé les civils sans défense. Retour sur la chronologie d’un conflit qui implique les grandes puissances du Moyen-Orient.

Par Thomas Flenet
Photo Abduljabbar Zeyad / Reuters

6 mars 2018

Dix ans après le conflit du Saada, le Yémen est à nouveau en proie à une guerre civile meurtrière. Uniquement tribaux dans un premier temps, les combats sont désormais régionaux et impliquent deux puissances voisines : l'Arabie Saoudite et l'Iran. Et la mort du Président déchu Ali Abdallah Saleh le 4 décembre dernier a plongé un peu plus le Yémen dans la violence. Pour comprendre les raisons de cette guerre, il faut remonter à plus de dix ans.

Une décennie de luttes armées

En 2004, les chiites zaïdites entrent en conflit avec le pouvoir central de Sanaa, la capitale yéménite. Ils estiment être mis à l’écart de la politique nationale. S'en suivent des manifestations et des heurts avec les autorités, qui dénoncent une rébellion. La police tue des dizaines de contestataires, dont le leader du mouvement, Hussein Badreddine al-Houthi. De nombreux manifestants sont également arrêtés.

Cinq ans plus tard, les rebelles gagnent du terrain le long de la frontière de l’Arabie Saoudite voisine, pays majoritairement sunnite. Cette dernière se mêle au conflit, notamment avec des frappes aériennes contre les insurgés chiites.

En 2011, le Yémen n’échappe pas au printemps arabe. Les rebelles houthis se mêlent à la foule d’étudiants qui proteste dans les rues. Ces manifestations sont réprimées de manière sanglante par le gouvernement d’Ali Abdallah Saleh, ce qui pousse les Etats-Unis de Barack Obama à intervenir pour négocier le départ du président. En conséquence, le vice-président Abd-Rabbo Mansour Hadi récupère son poste. Ce chaos profite à l’organisation terroriste Al Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA) qui étend son influence territoriale.


Blocus saoudien

Si le conflit sembler se calmer à l’été 2014, les rebelles reprennent leur offensive.
En septembre, ils entrent dans la capitale Sanaa. Moins de quatre mois plus tard, ils assiègent le palais présidentiel. En mars, ils contrôlent Taëz, la troisième ville du pays.

Au même moment, le président Hadi fuit Aden, où il avait trouvé refuge après le siège du palais présidentiel de Sanaa. Il rejoint l'Arabie Saoudite. Dans la nuit du 25 au 26 mars, l'armée saoudienne, à la tête d'une coalition arabe soutenue par les Etats-Unis, bombarde le palais présidentiel déserté, l'aéroport international, une base militaire et le bureau politique des rebelles. L’Arabie Saoudite met également en place un blocus, privant le Yémen de toute aide humanitaire. Hassan Rohani, président de l’Iran, grande puissance chiite voisine, condamne alors ce qu'il qualifie de « démarche dangereuse ».

En 2015, quatre ans après son départ du pouvoir, le président Saleh revient sur le devant de la scène yéménite, et rejoint les rebelles houthis. Son but : reprendre les rênes du pays. Deux ans après, l’ancien président décide de se rapprocher du pouvoir saoudien. Cette démarche vise à obtenir une levée du blocus mis en place par l’Arabie Saoudite.

Ce revirement est dénoncé comme une trahison par les houthis, engagés dans des combats avec des partisans d'Ali Abdallah Saleh. Le 4 décembre, des militants houthis font circuler sur les réseaux sociaux des images du cadavre de l'ex-Président. Sa mort est confirmée par des cadres de son propre parti.


Les civils, victimes collatérales

Les affrontements qui ont éclaté le 28 janvier dernier à Aden, la deuxième ville du Yémen, entre les séparatistes du Sud et les forces du Président Abd Rabbo Mansour Hadi, deux camps supposément alliés contre les rebelles houthis, compliquent encore plus la donne sur le terrain pour les civils.

Ravagée par une guerre qui a fait plus de 9 200 morts, la population yéménite continue aujourd'hui de subir ce que l’ONU qualifie de « pire crise humanitaire de la planète ». Depuis un an, plus d’un million de cas de choléra ont été recensés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Privés d’eau et de nourriture, dix millions de personnes sont actuellement livrées à elles-mêmes, en attente d’une aide humanitaire, dans un conflit dont il est difficile de trouver l’issue.